Une visite chez l'ostéopathe

Mon cheval de quatre ans, fraîchement débourré, ne boîte pas franchement mais il est irrégulier des postérieurs depuis plusieurs années. Je pensais qu'avec le travail l'asymétrie se réduirait, mais elle persiste. Mon vétérinaire, consulté, convient de la boiterie, mais ne trouve pas de douleur particulière et me conseille de présenter mon cheval à un ostéopathe. L'oiseau rare déniché, rendez-vous est pris, je débarque mon cheval dans la grande cour où stationnent quelques camions de clubs, prête à tenter une nouvelle expérience qui, puisqu'elle est efficace sur moi, devrait bénéficier aussi à mon cheval. Mais comment manipule-t-on les vertèbres d'un cheval ? Pas question de le prendre dans ses bras et de lui dire : "relaxez-vous… crac !". L'activité paraissant centrée sur un box, je m'approche avec mon poulain curieux et inconscient de l'aventure médicale dans laquelle je l'engage. Un cheval ressort de l'écurie, l'air tout neuf, entouré d'un essaim de personnes amusées et admiratives. Le suivant pénètre dans la quiétude du box. L'ostéopathe le prend par la longe et le fait tourner sur lui même et regardant ses pieds. Il passe la main sur le dos, puis remet la longe dans la main de la propriétaire : "Il n'a rien, arrêtez les enrênements et tout ira mieux". C'est à moi. Geisli entre dans le box, toujours intéressé par la nouveauté. Il a droit aux tours sur lui-même. "Hmm… il n'est pas bien", dit l'homme de l'art en palpant le dos. Le cheval tortille le rein et la croupe comme je ne l'ai jamais vu. "Il boite des postérieurs et doit marcher comme une trottinette, avec des petites foulées coincées. Il est complètement bloqué à tous les étages. Il a dû tomber assis de toute sa hauteur". Effectivement le zouave a beaucoup joué au parc avec un autre mâle et on peut sans doute considérer sans commettre d'abus qu'il a testé toutes les chutes dans toutes les positions. Les symptômes proposés correspondent bien. J'avais toujours attribué cette raideur générale à un dos très court, mais au fond il n'y a pas de raison. Allons-y pour le traitement. L'homme suspendu à sa queue, Geisli ne bronche pas, il a l'air de se demander quelle nouvelle sorte de primate prend sa queue pour une liane, mais il est magnanime. La queue craque. Puis elle est passée entre les postérieurs vers l'avant, l'ostéopathe la tire devant la cuisse. Re-craque. Il soulève à peine un postérieur et s'appuie doucement contre le cheval jusqu'à le déséquilibrer très légèrement. Geisli sursaute, ça y est. C'était pour les vertèbres lombaires. Le niveau dorsal paraît net. L'encolure est lentement pliée en poussant la tête, mais vraiment pliée en deux. Au moment opportun, l'homme appuie d'un coup sec. Craquement. La même manœuvre recommence encore une fois. Et c'est fini. "Il devrait se déplacer beaucoup plus librement maintenant. Remettez-le au travail. Travaillez en ligne pendant une semaine".
Retour à la maison, émaillé de réflexions : "T'as vu comment il manipule les lombaires ?", "T'as entendu le craquement de l'encolure ?", "C'est drôle comme les chevaux se laissent faire !". Je me demande dans combien de temps l'effet sera réellement visible.
Le lendemain, ébahie, je vois mon Geisli se déplacer comme je ne l'avais jamais vu. Il est libéré. Son dos s'arrondit et se déroule. Sa foulée a repris du brillant et de l'ampleur. Le plus incroyable pour moi : il trotte, il trotte vraiment, avec une régularité de métronome, on n'entend que deux bruits à chaque foulée.

 

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