LE LUSITANIEN

Race portugaise de prestige, le pur-sang Lusitanien ne peut être dissocié de son cousin, le cheval de Pure Race Espagnole : de même origine, ces chevaux du sud de la péninsule ibérique ont été très souvent regroupés dans notre pays sous la dénomination commune de "Genet d'Espagne", de "Cheval Ibérique" et surtout d'"Andalou". Mais une divergence dans les critères sélectifs depuis quelques décennies a provoqué la scission en deux races distinctes. Elles possèdent désormais des stud-books bien séparés, et le terme d'Andalou est donc à bannir de notre vocabulaire.
Les origines du cheval Ibérique demeurent fort controversées. Dans la Péninsule, deux populations de chevaux semblent avoir évolué conjointement : celle des petits chevaux (poneys) du nord, fortement influencée par le cheval Celte venant de l'est de l'Europe, et celle du sud élevée par les Ibères. Très certainement apparentée à la race Barbe, le cheval Ibérique (du sud) représente une race des plus anciennes, présente dans la Péninsule au moins depuis -1000 av. J.-C. et même très probablement depuis le XIIIème ou XIIème siècle av. J.-C. (voire même depuis le Paléolithique selon certains). C'est aussi l'une des plus importantes pour l'histoire de notre civilisation.

Tout au long de son histoire, la péninsule ibérique a subi de nombreuses invasions : après les Ibères et les Celtes, les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Goths puis les Maures se succédèrent pour tenter de dominer le pays. Tous les auteurs ayant décrit les durs combats livrés rapportent de façon unanime la grande habileté des cavaliers ibères et les extrêmes qualités de leurs chevaux qui leur permettaient de pratiquer l'équitation tout à fait particulière, nommée équitation à la "Gineta" c'est à dire à la "Genette". Ce type de monte, dont dérive l'actuelle tauromachie à cheval, exigeait une incomparable mobilité en tous sens face à l'ennemi, les pirouettes et les arrêts les plus brusques, les départs au galop les plus foudroyants...

Pourtant il semble que le cheval ibérique n'ait pas souffert de toutes ces invasions et que son modèle antique soit demeuré quasi intact. Contrairement à une croyance malheureusement fort répandue et enracinée dans les mentalités, il n'a rien à voir avec le pur-sang Arabe et ne doit en aucun cas être considéré comme son dérivé car il possède un modèle, des allures et des aptitudes tout à fait dissemblables. En réalité, en ce qui concerne l'invasion musulmane du VIIIème siècle, il est maintenant établi qu'il s'agissait de Maures (donc de souche Berbère), éventuellement accompagnés de chevaux de race Barbe, mais très probablement en nombre réduit car les Maures auraient remonté leur cavalerie avec les chevaux pris aux Espagnols lors des premières batailles. Puis, durant les siècles de conquête musulmane, s'il est sûr que des échanges entre les races Ibérique et Barbe ont été effectués, ceux-ci eurent très certainement peu d'influence, vu la parenté de ces deux races.

Par la suite, de grands chevaux nordiques (Normands, Napolitains et Germaniques) furent amenés à la Cour de Madrid et croisés avec les chevaux du pays. Mais heureusement la pureté de la race a été conservée par les éleveurs du sud de la péninsule, et en particulier par les "Cartujanos", les moines Chartreux de Jerez qui nous ont légué une caste de chevaux au sang demeuré très pur nommés Cartujanos et qui constitue de nos jours la base de la grande majorité des élevages tant espagnols que portugais.

Le cheval ibérique fut considéré pendant des siècles comme la race de prédilection pour la guerre, la pompe, la Haute Ecole et la tauromachie. Il a fortement marqué de son sceau l'équitation, l'art et la littérature de tous pays ainsi que le fond génétique de très nombreuses races équines.

Dès la fin du XVIème siècle, à la Renaissance, sa renommée a franchi allègrement les frontières, et il eut une influence décisive dans la naissance de la Haute Ecole à Naples. Eblouis par les montures amenées par Ferdinand d'Aragon lors de la reconquête de son royaume, les Italiens tels Grisone ou Fiaschi créèrent les premières académies d'équitation afin de tenter d'obtenir des difficiles chevaux Napolitains les qualités naturelles des chevaux Espagnols. Au XVIème siècle, des écuyers devaient ramener d'Italie au Royaume de France, puis dans toutes les cours d'Europe, cet "Art du Manège" et l'image du Genet d'Espagne.

Jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, il représenta l'accomplissement parfait du cheval de Haute Ecole. Tous les rois, princes écuyers, grand-maîtres et auteurs de traités sur les chevaux et l'équitation tels Pluvinel, La Broue, La Noue, Soleyssel, Eisenberg, Cazaux de Nestier, La Guérinière, Garsault, Diderot et d'Alembert, Dupaty de Clam, Abzac ou Aubert en France, Ferrare en Italie, Newcastle ou Berenger en Angleterre, Ridinger en Allemagne... se firent représenter ou se sont référés à ce cheval, louant alors ses qualités de façon quasi unanime.

Ainsi Salomon de La Broue (1602) lui donne sa voix "comme au plus beau, plus noble et plus grâcieux, plus brave et plus digne d'un Roy". Et François Robichon de la Guérinière (1769) d'ajouter qu'il est "le premier de tous les chevaux pour le manège à cause de son agilité, de ses ressorts et de sa cadence naturelle ; pour la pompe et la parade à cause de sa fierté, de sa grâce et de sa noblesse ; pour la guerre dans un jour d'affaire, par son courage et sa docilité".

Race amélioratrice universelle, le cheval Ibérique contribua à la formation de très nombreuses races européennes parmi lesquelles il faut citer en particulier le Lipizzan, le Kladruber, le Frederiksborg, le Frison, le Connemara, le Cleveland Bay, le Pur Sang Anglais à sa formation avec les "Royal Mares"... En Amérique, toutes les races actuelles possèdent un peu de son sang, puisque la réintroduction du cheval, espèce disparue sur ce continent, eut lieu à la fin du XVème siècle grâce aux chevaux espagnols et portugais des "Conquistadores". Soumis à de très rudes conditions de transport et de vie, le cheval Ibérique pouvait démontrer sur ce continent ses remarquables facultés d'adaptation ainsi que ses aptitudes guerrières.

Pourtant l'aube du XIXème siècle voyait poindre son déclin : la mode devait alors jeter son dévolu sur de nouvelles disciplines équestres, plus "modernes" (course, saut d'obstacles) qui supplantèrent la Haute-Ecole, et sur un nouvel "idéal" équin représenté par le pur sang Arabe et le pur sang Anglais. Peu à peu évincé, le cheval Ibérique devait sombrer dans l'oubli sur la scène hippique mondiale...

Toutefois, au Portugal, les gentilshommes ne cessèrent jamais de pratiquer l'équitation et l'art de la "Tourada" (de "toureio", corrida portugaise à cheval). Depuis une trentaine d'années, les Lusitaniens amorcent même une flambée assez spectaculaire, non seulement dans leur pays, mais aussi dans le monde entier. Au Portugal, même si les nombreuses autres disciplines de l'équitation européenne tendent à se développer, la Haute Ecole connaît toujours un grand intérêt, avivé il est vrai par l'influence de Nuno Oliveira puis de l'Ecole Portugaise d'Art Equestre. Créée en 1979, cette grande Ecole utilise les fameux chevaux Alter Real, sous race de robe baie provenant du haras d'Alter-do-Chao, ancien haras royal. Les coutumes et traditions persistent où "touros" et chevaux Lusitaniens occupent la place de choix car ils représentent encore le symbole vivant du Ribatejo et de l'Alentejo. Sans eux, les Feras Caballos portugaise de Golega et Santarem perdraient tout leur charme et toute leur authenticité...

Le stud-book du Lusitanien, nommé "Pur Sang Lusitanien" depuis 1990, date de 1966 date de 1966. Il est actuellement géré par l'Associaçao Portuguesa de Criadores do Cavalo Puro-Sangue Lusitano (APSL), aidée du "Serviço Nacional Coudelico", le service des Haras Portugais.

En 1986, un nouveau pas était franchi avec la création du Festival International du Pur-Sang Lusitanien à Lisbonne, qui se déroule chaque année au mois de juin. Il redonne une dimension internationale à cette grande race, incontestablement promise à un brillant avenir dans le monde entier.