L’Ethologie au service de l’Equitation

Pour mieux comprendre, pour mieux répondre, HippoPlus vous aide à penser cheval  

Vous vous demandez…

  • Relations : Comment identifier clairement l'origine d'un problème ?

Lorsqu'un cheval refuse de monter dans un van ou embarque toujours son cavalier au même endroit, on a tendance, avec notre 'culture club' (pardon pour les clubs, mais le comportement des chevaux n'a pas encore fait son entrée dans l'immense majorité d'entre eux), à dire 'il se moque de nous, il est vicieux, etc.' et à en conclure sur la nécessité de se fâcher 'une bonne fois'.

Parelli nous donne d'autres clés pour décoder le comportement des chevaux et pour l'améliorer. Ses '7 jeux' de base, qui se pratiquent à pied, permettent en quelques minutes ou quelques heures, de situer exactement les problèmes du cheval (et/ou de son patron) avec beaucoup plus de finesse (et ultérieurement de les régler).

  • Le premier jeu est le jeu de gentillesse (friendly game). Il consiste à caresser, panser toucher le cheval sur tout le corps, éventuellement désensibiliser ; et à faire autour du cheval tous les bruits et mouvements possibles sans qu'il s'en inquiète (là aussi désensibiliser si besoin). Ce jeu travaille essentiellement sur la confiance et la désensibilisation.
  • Le deuxième jeu est le jeu du porc-épic (porcupine game). Il consiste à obtenir du cheval des déplacements dans toutes les directions (avant-arrière-haut-bas-droite-gauche, de l'avant-main ou de l'arrière main) par cession à la pression des doigts la plus légère possible. Ce jeu travaille sur le respect et la sensibilité au contact.
  • Le troisième jeu est le jeu de la conduite (driving game). Il consiste à obtenir les mêmes déplacements qu'au porc-épic, mais par cession à distance, sur des signes de plus en plus discrets. Il travaille sur le respect et l'attention.

 

Ces trois premiers jeux, simples au demeurant, permettent déjà de mettre en évidence si le cheval est plutôt peureux (des problèmes vont se poser dès le premier jeu et le cheval va nécessiter de la désensibilisation), ou plutôt irrespectueux (il ne cède pas aux pressions, et/ou il bouscule les hommes et ne garde pas ses distances, n'est pas attentif à l'humain, à son emplacement, à un certain périmètre 'privé' autour de lui, ni aux indications qu'il donne).

Ils permettent également de mettre en évidence des problèmes inhérents à l'homme : des gestes trop brutaux, un abord trop direct, qui sera ressenti par le cheval comme agressif et lui feront identifier l'homme comme prédateur (dès le premier jeu), ou au contraire un excès de précautions qui ne donnent jamais au cheval l'occasion de se désensibiliser ; un défaut de volonté, d'énergie ou d'autorité, ou un défaut de coordination et de clarté dans les gestes, qui engendrent chez le cheval confusion, incompréhension et éventuellement défense ; un défaut de progressivité dans les ordres, qui empêche le cheval d'affiner sa sensibilité, et éventuellement le mettent aussi en défense.

Les quatre jeux suivants permettent d'affiner encore le diagnostic (et ensuite de corriger les problèmes).

  • Le quatrième jeu est le jeu du yoyo (yoyo game). Il affine le jeu de conduite. Le but est de faire avancer et reculer le cheval, dans un premier temps au bout d'une longe de 3,70 m, sans changer soi-même de place : en effet, pour les chevaux, l'ascendance hiérarchique se traduit et s'exerce en faisant déplacer les autres, avec une économie maximale de mouvement de la part du dominant : un cheval très dominant peut mettre tout son troupeau au garde à vous en bougeant une oreille et en prenant une expression de tête. L'homme qui saura être un bon dominant aura un cheval aux ordres avec un minimum de gestes. Dans le cas présent, il pourra faire avancer, arrêter, reculer son cheval à quatre mètres, avec un simple geste des doigts qui mime en quelques sortes le mouvement des oreilles, puisque nos oreilles ne nous permettent pas beaucoup d'expressivité ! Certains chevaux dominants, rapides et intelligents, n'ont pas leur pareil pour amener l'homme à bouger. On est alors clairement en présence d'un problème de hiérarchie.
  • Le cinquième jeu est le jeu du cercle (circle game). Il permet le travail de l'impulsion, fruit du respect. Il consiste à envoyer le cheval sur un cercle, et à lui laisser la responsabilité de conserver sa trajectoire et son allure, alors que l'homme reste immobile au centre du cercle, sans même suivre le cheval des yeux. (Attention à ne pas abuser des tours de piste : au début, 2 à 3 tours maximum suffisent avant de rappeler le cheval si on veut conserver son attention).
  • Le sixième jeu est le jeu de déplacement latéral (lateral game). Il consiste à obtenir un déplacement latéral du cheval, soit par toucher, soit par indication à distance. Il prolonge les jeux du porc-épic et de la conduite.
  • Le septième et dernier jeu, très important du point de vue diagnostic, est le jeu du passage étroit ( game). La plupart des chevaux sont claustrophobes. Ils ont bien raison : derrière chaque mur peut se cacher un loup ou un guépard, et tout lieu confiné peut être un traquenard tendu, qui sait, par les hommes, qui sont tout de même des prédateurs (ils se conduisent comme tels dans leurs gestes et sentent le mangeur de viande). Le cheval est une proie, il n'a ni cornes, ni grandes canines, ni griffes. Ce n'est pas 6000 ans de domestication au terme de 60 millions d'années d'évolution en tant que proie, avec spécialisation sur le guet et la fuite, qui vont modifier son comportement.
    C'est dans le chargement en van que le cheval manifeste le plus sa claustrophobie, et il faut le comprendre : aucune proie sensée n'irait tranquillement se planter dans un cul de sac étroit et sombre, où elle n'a aucune visibilité, aucune possibilité de fuir, ni même de se retourner.
    Bien sûr, le respect entre aussi en ligne de compte, et le cheval apprendra à embarquer vite et bien, non seulement par confiance et désensibilisation, mais aussi par cession à son dominant humain.

  Ces sept jeux, outre qu'ils mettent en lumière sans pitié les carences du dresseur, donnent donc la possibilité d'entrer dans le détail du comportement du cheval en faisant apparaître des axes différents : respect de l'homme avec son périmètre privé, peur de se laisser toucher à certains endroits, peur des bruits et mouvements environnants, peur du confinement, dégoût pour les déplacements dans un sens donné, manque d'attention pour le dresseur, manque de responsabilité. Ces axes fonctionnent relativement indépendamment. Un cheval n'est pas au départ peureux pour tout, ou courageux pour tout. Il peut être totalement impavide pour tout ce qui survient brusquement, et ne pas tolérer qu'on lui touche la tête. Il peut être extrêmement froid, et en même temps être tellement claustrophobe qu'il a peur de s'approcher d'un mur ou d'un bord de route.

En cas de problème, la solution qui consiste à se fâcher risque bien avant tout de nous faire perdre la confiance du cheval, qui est toujours fragile puisqu'il nous identifie dès le départ comme prédateur. L'énervement de l'homme n'est pas pour le cheval un acte de dominance : les proies, les herbivores, ne connaissent pas la colère, qui est un comportement et un sentiment de prédateur. Les proies assurent leur dominance plutôt par la fermeté, éventuellement la menace et la force, et surtout pas par la permanence, la répétition systématique de la pression : les chevaux vivent ensemble 24 h sur 24, 7 jours sur 7. Les dominés n'ont pas de vacances. L'homme qui passe avec son cheval une heure par jour, ou pire, une heure par semaine, devra bien comprendre que le cheval aura bien du mal à l'identifier comme dominant, et peut-être à l'identifier clairement tout court (il le reconnaît bien sûr, mais il n'est pas certain de son statut vis à vis de lui, de ce qu'il lui veut).

Bref, la confiance et le respect du cheval sont fragiles, et il est donc clairement préférable d'identifier plus précisément les problèmes qui se posent et de les travailler spécifiquement.