ENTRAINEMENT DU CHEVAL D'ENDURANCE

 

  • Pierre Cazes définit l'entraînement comme le travail, par tout moyen, pour améliorer le geste du cheval et sa capacité sportive. L'entraînement va de l'éducation jusqu'à la mise en condition.
  • La mise en condition consiste pour un cheval éduqué et qui a déjà acquis le geste (cheval léger, qui va à l'allure qu'on lui demande et avec de bonnes transitions), à acquérir l'aptitude à la compétition à tous points de vue : musculaire, mais aussi digestive et métabolique. Elle dépend de l'objectif.
  • L'endurance métabolique est la capacité du cheval à soutenir un effort sans souffrance. Elle s'acquiert pendant les deux années que dure la préparation.
  • L'endurance-résistance, c'est l'endurance métabolique à laquelle s'ajoute la capacité à aller vite. Car la distance n'est pas réellement un problème. Courir 160 km à 12 km/h est relativement facile. Le faire plus vite demande l'endurance-résistance.
  • Concernant la méthode d'entraînement, il existe deux grandes écoles d'endurance : l'école américaine et l'école française. Elles sont diamétralement opposées, bien que toutes les deux au plus haut niveau mondial. Les américains courent beaucoup. Leur sélection pour les championnats du monde se fait sur épreuves et nécessite un certain nombre de courses finies. Les français, au contraire, après avoir été repérés sur la régularité de leurs bonnes prestations au niveau national, "passent au placard" : ils travaillent chez eux, avec leur entraîneur, la mise en condition pour obtenir l'endurance-résistance, en vue d'une course précise chaque année et ne courent pas d'autre course. Ceci explique qu'on voit apparaître aux premières places mondiales des noms inconnus du grand public. L'entraînement consiste alors, après un mois ou deux de redémarrage en début de saison, à travailler le galop. Le galop se travail techniquement pour améliorer le geste, puis pour la mise en condition à raison d'une grosse séance par mois, de durée croissante, jusqu'à une séance de 3 heures de galop sans interruption, 5 semaines avant la course (et bientôt une dernière séance 2 semaine avant). Il s'agit d'apprendre à l'organisme à vivre, et non pas à survivre, pendant la course. C'est ce que Pierre appelle "affiner les réglages". Le cheval doit galoper comme d'autres mangent du chewing-gum, à son aise et sans état d'âme. Souvent au bout de 30 à 40 minutes de galop, le cheval se met sur les épaules et demande le trot. Si c'est un jeune cheval, c'est que la séance a assez duré, on s'arrêtera là ; si c'est un cheval mûr, on fera 10 secondes de trot et on redemande le galop, qui sera en général de bien meilleure qualité. Entre les séances de galop, le travail consiste essentiellement en récupération et entretien (trotting) et stretching (1/2 h ou 3/4 h de pas actif en terrain de bosses ou dans le sable profond, à commencer avec un cheval déjà échauffé). Une séance de travail de moins d'une heure et demi ne sert à rien dans cette phase de mise en condition. On ne fera donc jamais de séance d'une durée inférieure à 1h30. Les séances courtes sont à réserver à la phase d'éducation et de dressage. Dans les dernières semaines avant la course, nos champions réalisent un travail de "montée en pression" du cœur : côtes, pointes de vitesse, travail sur la plage (l'intérêt du sable mouillé est de n'avoir aucune élasticité, donc le cheval ne bénéficie d'aucune aide passive du terrain, il doit pousser, c'est l'équivalent pour lui d'une pente de quelques %, alors que les sols de type allée forestière souple sont très élastiques et diminuent le travail du cheval). A ce sujet Pierre est formel : on peut gagner Florac (3500m de dénivelée) sans faire un mètre de dénivelée à l'entraînement. Plus, le travail de montée en pression sur le plat remplace avantageusement le travail en montagne : en effet les descentes sont mauvaises pour les jarrets et les boulets, et autant on fait du bien en montant, autant on fait du mal en descendant.
    Il n'y a donc pas de course de préparation avant une grosse épreuve. L'entraînement à la maison est plus efficace, car les paramètres sont mieux contrôlés qu'en course : l'effort est plus continu, on choisit son terrain, quand on fait 3 heures de galop, ce sera 3 heures effectives, alors qu'en course, avec les traversées de mauvais terrain, les changements d'allures sont incessants et sur trois heures il y aura au maximum une demi-heure de galop effectif d'affilée.
    Quant à la fréquence de travail, il n'est pas nécessaire, même au plus haut niveau, de monter tous les jours. Un jour sur deux suffit si le cheval peut bouger de lui même (parc ou paddock). Pour des courses de 40 à 90 km, deux entraînements par semaine suffisent, voire un. Il ne faut donc pas se culpabiliser si on ne dispose pas de suffisamment de temps pour monter tous les jours ! Pour les grosses séances de travail comme le travail de soutien du galop, une séance par mois suffit, le bénéfice d'une grosse séance de travail perdure 5 semaines.

 

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