Le CHEVAL : Hippos, equus, caballus ?...

par Hippolyte

 

Beaucoup de mots latins ont été empruntés au grec qui a fourni à l'Italie une large part de son vocabulaire. 
Rome se nourrissait intellectuellement d'Athènes. Les Romains ont conquis la GAULE mais d'autres invasions ont suivi ou précédé comme celle des CELTES, celle des FRANCS, celle des HUNS... Ceci explique la richesse, la diversité, l'ancienneté du vocabulaire français.

Avec le mot cheval, c'est la profusion, la démesure, la luxuriance, la surabondance. Le grec nous offre comme racine hippos, le latin equus et encore le latin caballus.

Pour W. CHURCHILL "le cheval est un moyen de transport dangereux à l'avant et à l'arrière, inconfortable au milieu". Pour BUFFON "La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats" tandis que pour A. JARRY "La plus noble conquête du cheval, c'est la femme."

On connaît avec précision l'évolution du cheval à travers de nombreux fossiles : l'ancêtre qui a vécu au tertiaire est l'hipparion. De nos jours, la seule espèce sauvage qui subsiste encore mais dont il ne reste que peu de représentants est le cheval de PRJEWALSKI.

Quant au Mustang (cheval d'Amérique) ou au Tarpan (cheval d'Asie) ce sont des chevaux marrons (qui se sont enfuis et sont redevenus sauvages). De nos jours, il ne reste pas moins de 28 races homologuées.

Jamais un animal n'aura suscité autant d'intérêt que le cheval, pas même le chien. Bien sûr, le vocabulaire qui l'accompagne témoigne de l'engouement qu'il suscite.

S'il est un cheval de selle, il peut être utilisé pour la promenade ou pour la course. Il est alors coursier, pur-sang, demi-sang, cheval arabe, anglo-normand, anglo-arabe... etc. Ce type de cheval a généré une riche nomenclature : coureur, crack, favori, miler, outsider, sauteur, trotteur. Les couleurs de sa robe sont très variées : alezan, bai, clair, fauve, isabelle, moucheté, pommelé, rouan, pour les plus connues, mais aussi : arzel, aubère, balzan, cavecé, louvet, pinchard, rubican, truité, zain... et encore une bonne douzaine d'autres nuances.

L'élevage des chevaux de course est pratiqué systématiquement par un personnel spécialisé, hautement compétent. L'habitat du cheval est le haras où il trouve écurie, box, stalle avec foin, paille et picotin d'avoine. Les soins sont assurés par les lads, palefreniers et valets qui peuvent bouchonner, brosser, étriller, panser.

Les hippiatres, médecins spécialistes des maladies équines, soignent la bleime, l'encastelure, l'éparvin, la morve, le vertigo plus un bonne trentaine d'autres maladies dont l'énumération serait fastidieuse. Les hippiatres deviennent chirurgiens lorsqu'ils opèrent pour hongrer (méthode importée de Hongrie)... un verbe qui signifie simplement castrer, châtrer. Moins handicapantes sont les opérations qui consistent à anglaiser, bretauder, courtauder c'est à dire couper les oreilles et/ou la queue. Il ne faut surtout pas dire qu'un cheval marche car, outre le pas, le trot et le galop il peut aller l'amble, l'aubin, le canter, le train et d'autres allures encore.

Parmi les mouvements et attitudes du cheval, il y a la cabriole, la croupade, l'estrapade, l'encensement, le piaffement, la volte et encore une vingtaine d'autres.

Le cheval n'évite pas un obstacle, il le refuse ou se dérobe. Lorsque son cavalier lui donne un ordre, ses oreilles pointent ou chauvissent. Quand l'animal a des défauts, est trop âgé ou vicieux il porte le nom de carne, haridelle, mazette, rossinante ou plus familièrement de bourrin, canasson, bidet, vieille bique...

Si l'on s'intéresse au cheval de trait on s'aperçoit que son élevage a régressé considérablement en raison de la mécanisation de l'agriculture. En fait, le cheval est surtout élevé pour les loisirs et la boucherie.

Il n'empêche que la racine grecque "hippos" a encore donné hippisme, hippocampe (poisson cheval), hippotragus (antilope de la taille d'un cheval), hippodrome, hippologie, hippomane (drogue aphrodisiaque extraite des secrétions des juments), hippomobile, hippophage (qui se nourrit de viande de cheval), hippopotame (cheval du fleuve).

La racine equus a donné équitation. L'autre racine latine caballus (ou cavallus) a induit cavalcade, cavale (jument de race), cavalier, chevalier, chevalet, chevalin, chevaucher, chevauchée, etc.

Sans parler des animaux fabuleux comme les centaures, l'hippogriffe, la licorne, Pégase ou plus proche de nous : Belino II et Ourasi, il existe des chevaux célèbres.

"Bucéphale" (tête de taureau) est le premier cheval dont l'histoire ait conservé le nom. Il était la propriété d'Alexandre le Grand. Personne n'avait réussi à le maîtriser jusqu'à ce qu'Alexandre s'aperçût qu'il avait peur de son ombre et donc qu'il ne pouvait avancer que contre le soleil. A la mort de BUCÉPHALE, ALEXANDRE le GRAND fit bâtir une ville qu'il baptisa BUCÉPHALE.

"INCITATUS" (l'impétueux) était le cheval de CALIGULA, empereur romain de 37 à 41 après J.C.. Son propriétaire - un peu dérangé - lui avait fait construire une écurie de marbre équipée d'une auge et d'un râtelier d'ivoire. Dans sa folie, CALIGULA fit élever son cheval au rang de consul. Trois ans plus tard l'empereur mourut assassiné.

Il faut aussi se souvenir du cheval de TROIE (ILION en grec, dont la guerre est racontée dans l'ILIADE attribuée à Homère). Ce cheval était une gigantesque construction dont les flancs cachaient des guerriers qui purent être introduits dans la ville fortifiée dont ils ouvrirent les portes au reste de l'armée.

Il y a aussi les Chevaux de MARLY - sculptés par COUSTOU - qui ornent la place de la Concorde.

Se souvient-on que l'épée qui menaçait le crâne de DAMOCLÈS était suspendue au plafond par un crin de la queue d'un cheval ? Que ce même crin / arraché à la queue d'un cheval car celui d'une jument est brûlé par son urine/ a servi de fil de pêche avant l'invention du nylon ? Que ce même crin est entré dans la fabrication des cosmétiques ?

Enfin notre cheval est à l'origine de nombreux proverbes, dictons ou citations. En voici un échantillon très réduit. "Mon royaume pour un cheval" c'est l'exclamation poussée par Richard III qui cherchait à s'enfuir lors de la bataille de BOSWORTH en 1484.

"Je ne connais qu'une manière de voyager plus agréable que d'aller à cheval, c'est d'aller à pied." J.J. Rousseau

"C'est un vrai cheval de labour" désigne un personne infatigable.

"Ca ne se trouve pas sous le pas (pied, sabot) d'un cheval" indique qu'une chose est rare.

"Un bon étalon pète en pissant" pour faire comprendre qu'il est possible d'entreprendre deux choses à la fois.

"L'écurie use plus le cheval que la course" pour stigmatiser l'oisiveté.

"Jamais coup de pied de jument ne fit mal à un cheval" pour dire que les injures d'une femme ne sauraient atteindre l'homme.

Il serait, ici, inopportun de poursuivre. C'est délibérément que le vocabulaire de la description anatomique du cheval, de son dressage, de son harnachement, des courses etc. a été rejeté.

Aucun texte ne peut prétendre à l'exhaustivité. Tout choix est arbitraire et celui-ci n'échappe pas à la règle. Qu'on me pardonne. Les lecteurs l'ont compris : le cheval, c'est mon dada.

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