AG ADECLOR - Nancy (54) - 15 février

L’ouverture en question

Animée, cette assemblée générale avec au menu le " sujet qui fâche " : l’ouverture
des épreuves d’élevage (cycle classique et cycle libre) aux chevaux étrangers avec trois antagonistes de choix, Bruno Mellet le directeur de la SHF, Franck Le Mestre
chargé de mission à l’ANSF et Philippe Houdart président de la FNC.

Fallait-il ouvrir ? La question ne se pose plus puisque c’est fait. Ainsi en a décidé le comité de la SHF. Maintenant il y a les pour et les contre. Pour alimenter la discussion, Alain Lehmann, président de l’ADECLOR, a bien rebondi sur le sujet en faisant intervenir, dans un débat contradictoire, ceux qui sont concernés par cette importante décision du début de l’année : la SHF, l’ANSF et les éleveurs. Nullement en difficulté, Bruno Mellet a refait l’historique de cette démarche dont la première étape remonte à 2001 avec l’ouverture du cycle classique aux seuls mâles étrangers (dont le stud-book est reconnu par la WBFSH) hors dotation. " Le comité de la SHF, dit-il, est composé de trente membres dont dix-sept sont soit éleveurs soit cavaliers soit propriétaires. J’ai vu arriver sur mon bureau, depuis près de deux ans, des demandes émanant d’éleveurs ou de propriétaires pour ouvrir les dotations à tous les chevaux étrangers. Il y eut un gros débat au sein de la commission qui finalement a décidé d’ouvrir. "
Ce qui fait polémique, c’est l’absence, pour le moment, de réciprocité. Fallait-il que la France montre l’exemple ? Les éleveurs craignent que les dotations diminuent. C’est vrai, elles diminueront un peu et Bruno Mellet donne des chiffres : un cheval qui gagnait 70 euros en 2002 n’en gagnera que 65 en 2003. Une simulation, en partant de 2002, donne les perspectives suivantes : cette mesure d’ouverture ne concernera au maximum que 300 chevaux sur les 6.300 susceptibles d’être engagés. " C’est peu, dira Bruno Mellet, en revanche cette situation risque de créer des flux de marché supplémentaires en attirant à Fontainebleau des étrangers qui s’intéresseront aussi à nos chevaux. Le comité a pris une décision courageuse. " Il faut savoir aussi que 80% de la dotation est réservée aux chevaux français. Ainsi en 2003, pour le CSO, la SHF distribuera douze millions de francs. Neuf millions sont réservés aux seuls chevaux français, les trois autres iront à la fois aux français et aux étrangers.
Les cavaliers, à l’instar d’Eric Levallois qui s’exprimaient à ce sujet dans le dernier numéro d’Est Cheval, sont quasiment tous d’accord avec cette décision.

" Exception française "

Franck Le Mestre, au nom de l’ANSF a tenté de brocarder

cette exception française qui met en jeu de l’argent public. " Pourquoi donner l’exemple alors que les Allemands et les Hollandais ferment leurs finales aux chevaux Selle-Français ? Il aurait fallu obtenir la réciprocité de la mesure et discuter entre stud-books avant de prendre une décision. La saison va démarrer, dramatise-t-il, et on ne sait pas où on va. C’est pour cela que nous avons demandé à la SHF de surseoir à cette décision. " Reprenant l’argumentaire de l’ANSF, il met en garde " Les structures en place pour aider les producteurs français à mettre en valeur et commercialiser leurs produits en France et à l’étranger, oublieraient-elles leur raison d’être pour se mettre au service de la concurrence et lui servir de " tête de pont " dans la mise à disposition crédule et ingénue de la vitrine des races françaises ? L’Est de l’Europe connaît une crise de surproduction du cheval qui menace l’Allemagne. Les responsables français souhaiteraient-ils importer cette crise, notamment au beau milieu de la vitrine des superbes races françaises ? "
Le débat avec les adhérents de l’ADECLOR a mobilisé une grande partie de l’assemblée générale. Un certain nombre d’éleveurs sont inquiets. Par manque d’information. Bruno Mellet a reconnu que la SHF ne communiquait pas toujours très bien mais que des efforts seraient faits pour améliorer la circulation de l’information. Un des mérites de ces assemblées générales, c’est bien de faire passer l’information. Ceux qui n’étaient pas là ont forcément eu tort. Le débat fut clair et ouvert, avec des interlocuteurs qui connaissaient bien leur sujet.
Au nom de la FNC, Philippe Houdard a rappelé le combat que mène l’organisation qu’il préside pour la reconnaissance du cheval comme " produit agricole ". Toujours prompt a tourner en dérision l’attitude des institutionnels, il s’est évidemment rangé aux thèses de l’ANSF pour souligner le manque de cohérence du comité de la SHF. " L’Europe du cheval, dit-il, se fera sous trois conditions : 1. la réciprocité, 2. les mêmes modalités d’attribution des primes, 3. un même calendrier pour les instances européennes.

Etienne Robert

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